Le purin d’ortie est sans doute l’allié le plus populaire du jardinier bio. Riche en azote, en fer et en oligo-éléments, cette préparation naturelle stimule la croissance des plantes, renforce leurs défenses et repousse certains parasites. Mais attention : toutes les plantes ne l’apprécient pas, et une mauvaise utilisation peut faire plus de mal que de bien. Voici un guide complet pour savoir exactement quoi arroser avec du purin d’ortie, à quelle dose, à quel moment, et quelles erreurs éviter absolument.
Pourquoi le purin d’ortie est-il si efficace au jardin ?
Avant de dresser la liste des plantes compatibles, il est utile de comprendre ce qui rend le purin d’ortie si précieux. Sa composition explique à la fois ses bienfaits et ses limites.
Une composition riche et polyvalente
Le purin d’ortie contient :
- Azote – moteur principal de la croissance végétative et de la production de chlorophylle
- Fer – essentiel à la photosynthèse et à la coloration du feuillage
- Potassium et calcium – contribuent à la solidité des tiges et à la résistance générale
- Oligo-éléments variés – participent au bon fonctionnement cellulaire des plantes
Cette richesse en azote en fait un excellent stimulateur de croissance foliaire. Les plantes qui développent beaucoup de feuillage en sont les premières bénéficiaires. En revanche, cette même caractéristique peut devenir un inconvénient pour les plantes dont on attend surtout des fruits, des racines ou des fleurs.
Trois actions principales
Le purin d’ortie agit sur trois plans :
- Stimulateur de croissance – il accélère le développement du feuillage et la vigueur générale de la plante
- Renfort immunitaire – il aide les plantes à mieux résister au mildiou et à l’oïdium (action préventive, non curative)
- Répulsif naturel – son odeur et ses composés volatils repoussent les pucerons, aleurodes, doryphores et limaces
Il est reconnu en France comme Préparation Naturelle Peu Préoccupante (PNPP) depuis 2011, ce qui confirme son innocuité et sa légitimité dans le cadre du jardinage biologique.
Les plantes à arroser avec du purin d’ortie : la liste complète
Voici un classement clair en trois catégories pour ne pas se tromper.
Les plantes qui adorent le purin d’ortie
Ces plantes sont de grandes consommatrices d’azote et répondent très bien au purin d’ortie pendant leur phase de croissance :
- Tomates – en début de croissance uniquement, avant la floraison
- Courgettes et concombres – toutes les cucurbitacées en général (potirons, courges, melons)
- Choux – toutes variétés : chou-fleur, brocoli, chou frisé, chou de Bruxelles
- Salades et épinards – les légumes-feuilles par excellence
- Poireaux – gourmands en azote tout au long de leur développement
- Céleris – branche et rave, surtout en phase végétative
- Pommes de terre – pendant la phase de croissance du feuillage, avant la tubérisation
- Rosiers – en début de saison pour favoriser un feuillage sain et résistant
- Géraniums et plantes à fleurs annuelles – pour soutenir une croissance vigoureuse
- Arbres fruitiers – en début de saison, au démarrage végétatif
Les plantes à traiter avec modération
Certaines plantes bénéficient du purin d’ortie, mais uniquement à des moments précis et à faible dose :
- Tomates en pleine production – stopper les apports dès l’apparition des premières fleurs pour éviter un excès de feuillage au détriment des fruits
- Fraisiers – un ou deux apports en tout début de saison, puis basculer vers le purin de consoude (riche en potassium) pour favoriser la fructification
- Plantes aromatiques – la plupart préfèrent un sol plutôt pauvre ; un apport léger et ponctuel peut convenir aux plus gourmandes (basilic, persil), mais il faut éviter les apports réguliers
- Pommes de terre en phase de tubérisation – l’azote n’est plus nécessaire à ce stade
Les plantes à ne PAS arroser avec du purin d’ortie
Pour ces plantes, le purin d’ortie est inutile, voire nuisible :
- Légumineuses (pois, haricots, fèves, lentilles) – elles fixent naturellement l’azote de l’air grâce à des bactéries symbiotiques dans leurs racines ; un apport supplémentaire perturbe ce mécanisme et peut réduire la production
- Alliacées (oignon, ail, échalote) – ces plantes préfèrent les sols pauvres en azote ; un excès favorise le développement des feuilles au détriment des bulbes et augmente le risque de pourriture
- Légumes-racines (carottes, navets, betteraves, radis) – trop d’azote provoque des racines fourchues, fibreuses ou creuses, avec un feuillage disproportionné
- Plantes de terre de bruyère (azalées, rhododendrons, camélias) – elles ont des besoins spécifiques en acidité et en nutriments incompatibles avec le profil du purin d’ortie
Les bonnes dilutions selon chaque usage
Le purin d’ortie ne s’utilise jamais pur sur les plantes. Les dilutions varient selon le mode d’application :
Arrosage au pied : dilution à 10 %
C’est l’usage le plus courant. Il suffit de mélanger 1 litre de purin filtré dans 9 à 10 litres d’eau. Cette solution s’applique directement au pied des plantes, sur un sol préalablement humide. La fréquence recommandée est de tous les 7 à 15 jours pendant la période de croissance active.
Pulvérisation foliaire : dilution à 2-5 %
Pour une action préventive contre le mildiou, l’oïdium ou pour repousser les pucerons, on pulvérise sur le feuillage une solution à 2-5 % (soit 20 à 50 ml de purin par litre d’eau). Il est préférable de pulvériser le matin tôt ou en fin de journée, jamais en plein soleil, pour éviter les brûlures foliaires.
Trempage des racines : dilution à 20 %
Avant le repiquage de jeunes plants (tomates, choux, salades), on peut tremper les racines pendant 30 minutes dans une solution à 20 % (200 ml de purin par litre d’eau). Cela favorise une reprise rapide et un enracinement vigoureux.
Désherbant naturel : pur ou concentré
Le purin d’ortie non dilué ou très concentré peut être utilisé comme désherbant sur les allées ou zones non cultivées. Attention à ne jamais l’appliquer pur au pied des plantes cultivées : les brûlures seraient inévitables.
Comment préparer son purin d’ortie maison
La préparation est simple, mais quelques règles doivent être respectées pour obtenir un produit efficace.
Ingrédients et matériel
- 1 kg d’orties fraîches (récoltées avant la floraison, pour une teneur optimale en nutriments)
- 10 litres d’eau de pluie (l’eau du robinet chlorée peut freiner la fermentation)
- Un contenant non métallique (seau en plastique, cuve en bois)
- Un bâton pour remuer
- Un tissu ou grillage pour couvrir (jamais un couvercle hermétique)
Les étapes de fermentation
- Hacher grossièrement les orties et les plonger dans l’eau
- Remuer une fois par jour pour maintenir une fermentation aérobie
- Couvrir sans fermer hermétiquement – la fermentation a besoin d’oxygène
- Attendre 5 à 14 jours selon la température ambiante (optimale autour de 20°C)
- Le purin est prêt lorsque les bulles de surface ont cessé
- Filtrer soigneusement avant utilisation
L’odeur forte est normale. En revanche, une odeur réellement putride signale un problème : contenant trop fermé, température supérieure à 25°C ou manque de remuage. Dans ce cas, le produit perd en efficacité.
Conservation
Le purin filtré se conserve de 3 à 6 mois dans un bidon opaque, à l’abri de la lumière et de la chaleur. Au-delà, il perd progressivement ses propriétés. Il est conseillé d’étiqueter le bidon avec la date de fabrication.
Les 7 erreurs les plus courantes à éviter
Même les jardiniers expérimentés commettent parfois ces erreurs qui réduisent l’efficacité du purin ou endommagent les plantes.
1. Utiliser le purin non dilué
C’est l’erreur numéro un. Le purin d’ortie pur brûle les racines et le feuillage. Il faut toujours le diluer avant application sur les cultures.
2. Arroser sur un sol sec
Appliquer du purin d’ortie sur un sol desséché concentre les nutriments et risque de provoquer des brûlures racinaires. Il faut toujours arroser d’abord à l’eau claire, puis appliquer le purin sur sol humide.
3. Continuer les apports pendant la floraison et la fructification
L’excès d’azote en phase reproductive stimule la production de feuilles au détriment des fleurs et des fruits. Pour les tomates, courgettes et autres cultures à fruits, il faut stopper le purin d’ortie dès l’apparition des premières fleurs et basculer éventuellement vers un purin de consoude, riche en potassium.
4. En donner trop souvent
Un apport tous les 7 à 15 jours suffit. En arrosage hebdomadaire, une application de purin une fois sur deux est un bon rythme. Un excès d’azote rend paradoxalement les plantes plus attractives pour les pucerons.
5. Pulvériser en plein soleil
Les gouttelettes agissent comme des loupes et provoquent des brûlures sur le feuillage. La pulvérisation foliaire doit se faire le matin tôt ou en fin de journée.
6. Fermer hermétiquement le contenant pendant la fermentation
La fermentation doit être aérobie. Un contenant scellé produit une fermentation anaérobie qui dégage une odeur insupportable et réduit considérablement les qualités du produit. Il faut couvrir avec un tissu ou un grillage, pas avec un couvercle étanche.
7. Compter uniquement sur le purin d’ortie
Le purin d’ortie n’est pas un engrais universel. Il apporte principalement de l’azote. Pour un jardin équilibré, il est judicieux de le combiner avec :
- Le purin de consoude – riche en potassium, il favorise la floraison et la fructification
- La décoction de prêle – riche en silice, elle renforce les défenses antifongiques
- Le compost et le paillage – pour nourrir durablement le sol et sa vie microbienne
Tableau récapitulatif : quand et comment utiliser le purin d’ortie
Voici un résumé pratique pour une utilisation optimale au fil de la saison :
- Début de printemps – trempage des racines (20 %) avant repiquage des jeunes plants
- Printemps (croissance active) – arrosage au pied (10 %) tous les 10-15 jours sur tomates, cucurbitacées, choux, salades, poireaux
- Printemps-été – pulvérisation foliaire (2-5 %) en prévention contre pucerons et maladies fongiques
- Dès la floraison – arrêt des apports sur les plantes à fruits, relais avec le purin de consoude
- Arbres fruitiers et rosiers – 2-3 apports en début de saison, puis arrêt
En résumé
Le purin d’ortie est un formidable atout pour le jardin biologique, à condition de l’utiliser au bon moment, sur les bonnes plantes et à la bonne dose. Il fait des merveilles sur les légumes-feuilles, les cucurbitacées, les choux et les tomates en début de croissance. En revanche, il est à proscrire sur les légumineuses, les alliacées et les légumes-racines. La règle d’or est simple : toujours diluer, appliquer sur sol humide, et cesser les apports dès la floraison pour les plantes à fruits. Combiné avec d’autres préparations naturelles comme le purin de consoude et la décoction de prêle, il constitue la base d’un programme de fertilisation naturel complet et efficace.
Laisser un commentaire